24. Possibilité du progrès.

Publié le par Gregor

Quand un savant de culture ancienne jure de ne plus fréquenter des hommes qui croient au progrés, il a raison. Car la culture ancienne a derrière elle sa grandeur et son bien et l'éducation historique contraint l'individu à confesser que jamais elle ne reprendra sa fraîcheur ; il faut une hébétude d'esprit intolérable ou bien un insupportable parti pris pour le nier.

Mais les hommes peuvent décider en toute conscience de se développer dorénavant pour une culture nouvelle, tandi qu'auparavant c'est inconsciement et au hasard qu'ils se développaient : ils peuvent mainten créer des conditions meilleures pour la production des hommes, leur alimentation, leur éducation, leur instruction, organiser économiquement l'ensemble de la terre, peser et ordonner les forces des hommes en général les unes à l'égard des autres. Cette ouvelle culture consciente tuera l'ancienne, qui, considérée dans son ensemble, a mené une vie inconsciente de bête et de végétal ; elle tuera aussi la défiance envers le progrès, - il est possible. Je veux dire : c'est un jugement préscipité et dénué presque de sens, de croire que le progrès doive nécessairement réussir; mais comment pourrait'on nier qu'il soit possible ?

Au contraire, un progrès dans le sens et par la route de la culture ancienne n'est même pas concevable. La fantaisie romantique a beau employer le mot "progrès", en parlant de ses fins (par exemple des civilisations nationales originales et fermées) : en tout cas elle en emprunte l'image au passé ; sa pensée et sa conception sont dans ce domaine sans aucune originalité.

 

Humain trop humain

Nietzsche.

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