32. Injustice nécessaire.

Publié le par Gregor

Tous les jugements sur le prix de la vie sont développés illogiquement, et par là injustes.

L'inexactitude du jugement réside premiérement dans la maniére dont se présente les matiéres, à savoir trés incomplétement ; deuxièmement dans la manière dant la somme en est faites, et troisièmement en ce que chaque pièce isolée de ces matières est à son tour le résultat d'une connaissance inéxacte, et cela de toute nécesité.

Aucune expérience, par exemple, touchant un homme, fût-il même le plus proche de nous, ne peut être complète, en sorte que nous eussions un droit logique d'en faire une appréciation d'ensemble ; toutes les apprésiations sont hâtives et doivent l'être. Enfin l'unité qui nous sert de mesure, notre être, n'est pas unes grandeur invariable, nous avons des tendances et des fluctuations, et cependant nous devrions nous connaître nous-mêmes pour une unité fixe, pour faire du rapport de quelque chose à nous une appréciation juste.
Peut-être suivra-t-il de tout cela que l'on ne devrait pas juger de tout ; si seulement l'on pouvait
vivre sans se poser de valeurs, sans avoir d'inclination ni d'aversion ! Car toute aversion est liée à une évaluation, aussi bien que tout inclination. Une impulsion à s'approcher de quelque chose ou à s'en détourner, sans un sentiment de vouloir l'utile, d'éviter le nuisible, une impulsion exempte d'une sorte d'appréciation par la connaissance touchant la valeur de but, n'existe pas chez l'homme. Nous sommes par destination des être illogiques et partant injustes, et nous pouvons le reconnaître : c'est là une des plus grandes et des plus insolubles dissonances de l'existance.

 

Humain trop humain.

Nietzsche

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