Chanson de la plus haute tour

Publié le par Gregor

 

 
Oisive jeunesse 
A tout asservie, 
Par délicatesse 
J'ai perdu ma vie. 
Ah ! Que le temps vienne 
Où les coeurs s'éprennent.

 
Je me suis dit : laisse, 
Et qu'on ne te voie : 
Et sans la promesse 
De plus hautes joies. 
Que rien ne t'arrête, 
Auguste retraite.

 
J'ai tant fait patience 
Qu'à jamais j'oublie ; 
Craintes et souffrances 
Aux cieux sont parties. 
Et la soif malsaine 
Obscurcit mes veines.
 

Ainsi la prairie 
A l'oubli livrée, 
Grandie, et fleurie 
D'encens et d'ivraies 
Au bourdon farouche 
De cent sales mouches.

 
Ah ! Mille veuvages 
De la si pauvre âme
Qui n'a que l'image
De la Notre-Dame ! 
Est-ce que l'on prie 
La Vierge Marie ?
 

Oisive jeunesse 
A tout asservie, 
Par délicatesse 
J'ai perdu ma vie. 
Ah ! Que le temps vienne 
Où les coeurs s'éprennent ! 
 
 
 
 
 Arthur RIMBAUD, Derniers vers (composé en 1872) 
 

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