Inventer, guérir, soigner....

Publié le par Gregor

De l'éclosion d'un être, d'un autre moi même, je deviens, prend naissance dans ton regard, ta poitrine gonflée, se penche en arrière, nuées poudrées, rejetées d'un souffle, parler, s'éprendre, se délecter de ce moment qui nous invente l'un à l'autre, et l'un pour l'autre.  Avant que quelques ressentiments, préjugés mornes et vain, viennent plomber la grâce, précipiter la chute, prenons encore le temps de créer d'autres vies, d'imaginer l'instant, d'oublier ce qui dans nos coeurs se fend; tout cela tire en arrière, tout cela n'existe plus, puisque je t'ai croisé, tu m'as croisé, nous en sommes devenus différent. Il n'a pas dû beaucoup évoluer celui qui prétend qu'on ne change pas, c'est un autre constat que je fais, on en revient toujours à nous même, à nos pensées solitaires, on revient un jour en arrière, mais c'est un défaut d'appréciation, une faute de jugement, une quelconque médiocrité de la vue, qui nous rend insensible aux changements, et qui élimine de notre conscience cet autre que nous fûmes. Nous étions inventé, pour plaire, pour nous plaire, pour être en adéquation avec un moment, pour être ajusté à une certaine idée, à une certaine poésie de l'existence. Et comme cette nécessité tombe, que nous nous revenons en nous même, et qu'il n'y a plus de poésie, que de lointaines contrées, bannies de nos sens, nous peinons à croire que ce fût réel. Mais comme nous avons aimé être celui là que nous fûmes en cet instant particulier et cher à notre coeur, nous prenons conscience - au moins en partie - de ce que le temps est pour nous, d'une certaine manière -grâce à l'émotion profonde de cet instant qui reste implantée dans notre chair, nous pouvons contempler, la fausseté de nos jugements, de nos convictions, de cette étrange toile, qui tisse notre conscience, et de la complexité des phénomènes psychologiques. Si l'on veut se rapprocher de la vérité de notre être, à un moment donné, nous devons inventer une autre personne prenant conscience d'elle même à un autre moment - se référant au passé de sa vie. Cela revient à dire que nous n'existons qu'en tant que nouvelle personne sans cesse renouvelée. Et c'est par la contrainte de nos liens affectifs avec ceux que nous connaissons, bref, ce n'est que parce que nous devons nous retrouver les uns les autres, que nous nions cette évolution, en reproduisant certains comportements, certaines "parodies" de notre personnalité.

En acceptant qu'il est impossible, de se retrouver soi même "complètement", nous prenons le risque de perdre les autres, et pourtant il est impensable de se reconnaître, quelque soit le degré de conscience de notre personnalité, il est faux, de prétendre que quoi que ce soit, puisse nous rendre reconnaissable. (si l'on accepte déjà de se demander ce que nous fûmes précisément).

Et pourtant, c'est sur cette fausseté, que se jouent et se lient nos rapports humains, car nous avons besoin de ce subtil mensonge, afin de ne pas perturber "la bêtise", qui dans chaque cerveau d'humain, à besoin de pouvoir ranger et reproduire en imagination, son réseau social. Plus fort encore, il doit exister un schéma, une sorte de projection, de diaporama collectif, du rôle reconnu de chacun.

A cause de cela, nous ne pouvons croire, qu'il puisse exister quelques éclosions de notre personnalité, connues de quelques rares personnes, connues seulement de nous même, vis à vis d'un autre nous même, à cause de cela également nous souffrons de ce manque, à cause de cela nous tremblons pour demain, nous abdiquons d'hier, à cause de cela nous freinons nos envies, notre volonté de nous créer, de créer des moments rares avec d'autres personnes, à cause de cela, nous nous pourrissons constamment la vie.

Publié dans Poesies

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