Nous autres immoralistes !

Publié le par Gregor

Nous autres immoralistes !

Ce monde, qui nous concerne, au milieu duquel nous avons à craindre et à aimer, ce monde presque imperceptible et invisible, ce monde du commandement délicat, de l'obéissance délicate, un monde " d' à peu prés " à tous les points de vue : scabreux, captieux, pointilleux, douillet, oui, ce monde est bien défendu contre les spectateurs grossiers et la curiosité familière ! Nous sommes emprisonnés dans un filet serré, une camisole de devoirs et nous ne pouvons nous en dépêtrer.
C'est en cela que nous sommes des " hommes du devoir ", nous aussi !
Parfois, il est vrai, nous dansons dans nos "chaines" et entre nos "'épées"; plus souvent, ce n'est pas moins vrai, nous grinçons des dents et supportons impatiemment la rigueur secrète de notre sort. 
Mais nous avons beau faire : les sots et l'apparence nous accusent toujours d'être des hommes sans devoir.
Nous aurons toujours les sots et l'apparence contre nous.

Aux savants !

La plus part des des penseurs et des savants l'ignorent, faute d'en avoir aucune expérience, et si on leur en parlait elle leur paraîtrait invraisemblable. Ils se représentent toute nécessité comme une contrainte, une pénible obéissance et une coercition ( def: action de contraindre); la pensée même est à leurs yeux quelque chose de lent, d'hésitant, presque un labeur, assez souvent " digne de la sueur des nobles savants ", mais nullement quelque chose de léger, de divin, de très proche parent de la danse et de la folle gaité.
Les artistes ont peut être ici un flair plus délicat : ils savent trop bien que c'est précisément lorsque la nécessité, et non plus l'arbitraire, conduit leur oeuvre, que leur sentiment de liberté, de subtilité, de toute puissance, de création, de maitrise, qui fait d'eux des démiurges (def: nom donné à Platon au créateur de l'univers), atteint son apogée; alors, pour eux, la nécessité et la "liberté de la volonté" ne font qu'un !!

Par delà bien et mal, Nietzsche.

Publié dans critiques modernes

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