Oscar Wilde

Publié le par Gregor


Oscar Wilde maniait la langue comme le plus efficace des fouets, capable aussi bien de gifler que de caresser. Il pensait avoir giflé l'Angleterre. Mais le vieux Lion cessa bientôt de s'amuser et le dévora dans un tribunal. On porta les restes de l'ancien prince dans une cellule de la prison de Reading où, pendant deux ans, ses derniers muscles furent rongés par la fatigue et les rats. Né en Irlande, il acheva de mourir en France. L'Angleterre n'eut que sa vie.

Oscar Wilde est aimé aujourd'hui, et il ne peut rien contre cet amour. On aime les artistes morts car ils sont sans défense.


Martin Page


"Jim Morrisson, d' après un reportage que j'ai vu sur la fin de sa vie, a fini ses jours dans le même hôtel qu'Oscar Wilde, il est d'ailleurs si mes souvenirs sont exacts, enterré dans le même cimetière, la tombe d'à côté, au père Lachaise."


Il y'a davantage à dire en faveur de la force physique du public que de son opinion. La première peut être éblouissante, la seconde ne peut qu'être insensée. On dit souvent que la force n'est pas un argument. Cela dépend de ce que l'on veut prouver. Nombre des problèmes les plus notables de ces derniers siècles - la transmission du pouvoir personnel en Angleterre, ou le féodalisme en France, par exemples- ont été entièrement résolus par l'emploi de la force physique. La violence d'une révolution peut rendre un moment le public noble et grand. Mais ce fut un jour fatal que celui où ce public découvrit que la plume était plus puissante que le pavé, et pouvait se montrer aussi dangereuse qu'une massue. Aussitôt, il se mit en quête de journaliste, les trouva, les fit prospérer afin qu'ils devinssent ses serviteurs habiles et grassement payés. C'est regrettable pour l'intérêt  de chacun. Derrière la barricade, il peut y avoir beaucoup de noblesse et d'héroïsme. Mais derrière l'article vedette que trouve-t-on sinon le préjugé, la bêtise, l'hypocrisie et le jargon- La combinaison des quatre étant une force redoutable qui constitue l'autorité ?

Dans les ancien temps, les hommes disposaient du chevalet de torture. Dorénavant, ils ont la presse. Le progrès est certain, mais c'est encore très dur, injuste et démoralisant. (…)


Quelques journalistes éprouvent sans doute un plaisir véritable à publier des articles ignobles; d'autres, peu fortunés, voient dans les scandales une source permanente de revenus. Mais il y a d'autres journalistes, j'en suis sûr; des hommes éduqués, cultivés, qui répugnent à publier de tels articles, savent que c'est mal, et le font seulement parce que leurs conditions de travail les obligent à offrir au public ce qu'il attend, et à rivaliser avec les autres journalistes de sorte que cette pâture puisse satisfaire pleinement le grossier appétit populaire. C'est la une position dégradante pour tout homme bien élevé, et je ne doute pas que la plus part le ressentent amèrement.


Oscar Wilde, The soul of man.

Publié dans critiques modernes

Commenter cet article