oscar wilde, l'âme humaine

Publié le par Gregor

Comme nous la trouverons admirable la vraie personnalité d'un homme quand nous pourrons en contempler une ! Elle s'épanouira simplement et naturellement, comme une fleur, ou un arbre. Elle n'entrera pas en conflit, ne contestera ni ne disputera. Elle ne voudra rien prouver. Elle saura tout, mais ne sera pas attachée à la connaissance. Elle aura la sagesse en partage, et sa vertu ne se mesurera pas à ses biens matériels.

Elle ne possédera rien, et pourtant elle aura tout et, quoi qu'on lui prenne, elle ne perdra rien, tant elle sera riche. Elle ne se mêlera pas sans cesse des affaires des autres, ni ne leur demandera qu'ils lui ressemblent. Elle les aimera du fait même de leur différence. D'ailleurs, même sans intervenir, elle aidera tout le monde, comme une belle chose nous aide, en étant ce qu'elle est. La personnalité de l'homme sera merveilleuse. Aussi merveilleuse que celle d'un enfant.

Le christianisme pourra contribuer à cet épanouissement pour peu que l'homme le désire, mais même s'il ne le désire pas, elle s'épanouira.

Car cette personnalité ne se montre pas inquiète du passé, ni ne se soucie de ce qui est advenu, ou non. Elle ne plie qu'à ses propres lois, ne reconnait d'autre autorité que la sienne. Tout en appréciant ceux qui ont cherché à la rendre plus forte, dont elle parlera souvent. Et de ceux là le Christ faisait partie.

"Connais toi toi-même ! " pouvait-on lire sur le portique du monde antique. Sur celui du monde nouveau on lira : "Sois toi même ! ".

Tout comme le message du Christ à l'homme était : "Sois toi-même ! " Tel est le secret du Christ.

Quand Jésus parle des pauvres, il veut parler de personnalités, alors qu'en nommant les riches, il désigne ceux qui n'ont pas encore développé leur personnalité. Jésus faisait partie d'une communauté qui, à l'instar de la nôtre, autorisait l'accumulation de biens privés. Son Evangile ne signifiait pas que, dans une telle communauté, l'homme est avantagé s'il consomme des mets dégoûtants et malsains, se vêt de haillons malpropres, dort dans les logements répugnants et insalubres, et désavantagé s'il vit dans des conditions saines, agréables et décentes. Une telle opinion aurait été fausse là-bas et à l'époque, et plus fausse encore aujourd'hui et en Angleterre ; car, plus on se déplace vers le nord, plus on attache d'importance aux nécessités matérielles de la vie. Notre société est infiniment complexe ; les différences entre luxe et paupérisme y sont plus extrêmes que dans toutes les sociétés du monde antique.

C'est ce que voulait dire Jésus, qui répétait à l'homme : "Tu as une merveilleuse personnalité. Cultive-la. Sois toi-même. Ne t'imagine pas que la perfection consiste à accumuler ou à posséder des choses extérieures. Elle réside en toi-même. Si seulement tu voulais le comprendre, tu ne souhaiterais pas être riche. On peut dérober à un homme ses richesses ordinaires. Pas les vraies richesses. Dans le trésor de ton âme, se trouvent des biens extrêmement précieux que nul te peut te prendre. Alors, essaie de modeler ta vie de telle sorte que rien d'extérieur ne puisse te nuire. Tâche aussi de te débarrasser de tes biens propres. Ils entraînent préoccupations sordides, inlassable efforts, erreurs permanentes. La propriété privée empêche l'individualisme de progresser à chaque pas."

Notons que Jésus n'a jamais dit que les pauvres sont nécessairement bons, ni les riches obligatoirement mauvais. Ce ne serait pas vrai. En tant que classe, les gens fortunés sont meilleurs que les pauvres ; plus moraux, plus cultivés, mieux élevés.

Dans la communauté, une seule classe prise plus l'argent que les riches : celle des pauvres. Les pauvres ne peuvent songer à rien d'autre. Tel est le malheur d'être pauvre.

Selon Jésus, l'homme n'atteindra pas la perfection grâce à ce qu'il a, mais grâce à ce qu'il est.

Ainsi le jeune homme riche qui vient vers Jésus est-il présenté comme un citoyen parfait. Il n'a violé aucune loi de son Etat, aucun des commandements de sa religion. Il est tout à fait "respectable" au sens ordinaire de ce mot si peu ordinaire. Jésus lui dit " Tu dois renoncer à tes biens. Ils t'empêchent d'aboutir à ta perfection. C'est une charge pour toi. Un fardeau. Ta personnalité n'en a pas besoin. C'est en toi et non hors de toi que tu découvriras ce que tu es et ce que tu veux réellement." a ses propres amis, il répétait ces paroles. Il leur demandait d'être eux-mêmes et de ne soucier de rien d'autre (sur quoi d'autre pouvaient-ils compter ? L'homme est en soi complet). Que l'homme aille dans le monde et le monde lui sera hostile. C'est inévitable. Le monde hait les individualistes. Mais cela ne les dérange pas, ils restent calmes et indépendants. Si on leur prend leur manteau, ils donnent leur tunique, afin de montrer le peu d'importance des biens matériels. Si on les trompe, ils ne rendent pas la pareille. A quoi bon ? Ce que les gens disent d'un homme ne le change pas. Il est ce qu'il est. De toute façon, l'opinion publique est sans valeur. Même si l'on use de violence à leur égard, ils n'en deviendront pas violent pour autant. Ce serait tomber bien bas. Aprés tout, même en prison, un homme peut être totalment libre. Son âme peut être libre. Sa personnalité intacte. Il peut être en paix. Et, par-dessus tout, les individualistes ne doivent pas importuner les autres, ne les juger aucunement. La personnalité est chose fort mystérieuse. Un homme ne peut être toujours évalué selon ce qu'il fait. Il peut obéir aux lois, tout en ne valant rien. Il peut les transgresser en étant homme de bien. Il peut être mauvais sans jamais faire de mal. Il peut commettre un péché contre la société et par ce péché aboutir à sa véritable perfection.

Prenons la parabole de la femme adultére. On ne nous conte pas l'histoire de son amour, mais il davait être bien grand car Jésus nous dit que ses pêchés lui furent pardonnés, non parce qu'elle se repentait, mais parce que son amour était fort et merveilleux. Plus tard, peu de temps avant sa mort, Jésus prenant part à un banquet, la femme vint à lui et répandit de coûteux parfums sur sa chevelure. Ses amis essayèrent de s'interposer, disant que c'était une extravagance, et que l'argent dépensé pour ces parfums aurait pu servir à soulager les nécessiteux, ou toute autre charité. Jésus ne fut pas de leur avis. Il déclara que, si les besoins matériels de l'homme étaient grands et permanents, ses besoins spirituels l'étaient plus encore, et qu'en un moment divin, en choisissant son propre mode d'expression, une personne pouvait atteindre la perfection. Et jusqu'à nos jours le monde a vénéré cette femme comme une sainte.

Publié dans coup de coeur

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