Rimbaud, et le romantisme

Publié le par Gregor


Première soirée


- 
Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.

Assise sur ma grande chaise,
Mi-nue, elle joigna
it les mains.
Sur le plancher frissonnai
ent d'aise
Ses petits pieds si fins, si fins.

- Je regardai, couleur de cire,
Un petit rayon buisso
nnier
Papillonner dans son sourire
Et sur son sein, - mouche au rosier.

- Je baisai ses fines chevilles.
Elle eut un doux rire brutal
Qui s'égrenait en claires trilles,
Un joli rire de cristal.

Les petits pieds sous la chemise
Se sauvèrent : " Veux-tu finir ! "
- La première audace permise,
Le rire feignait de punir !

- Pauvrets palpitants sous ma lèvre,
Je baisai doucement ses yeux :
- Elle jeta sa tête mièvre
En arrière : " Oh ! c'est encor mieux !...

Monsieur, j'ai deux mots à te dire... "
- Je lui jetai le reste au sein
Dans un baiser, qui la fit rire
D'un bon rire qui voulait bien...

- Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.

 

Les reparties de Nina.

.........................

Lui - Ta poitrine sur ma poitrine,
     Hein ? nous irions,
Ayant de l'air plein la narine,
     Aux frais rayons

Du bon matin bleu, qui vous baigne
     Du vin de jour ?...
Quand tout le bois frissonnant saigne
     Muet d'amour

De chaque branche, gouttes vertes,
     Des bourgeons clairs,
On sent dans les choses ouvertes
     Frémir des chairs:

Tu plongerais dans la luzerne
     Ton blanc peignoir,
Rosant à l'air ce bleu qui cerne
     Ton grand oeil noir,

Amoureuse de la campagne,
     Semant partout,
Comme une mousse de champagne,
     Ton rire fou :

Riant à moi, brutal d'ivresse,
     Qui te prendrais
Comme cela, - la belle tresse,
     Oh ! - qui boirais

Ton goût de framboise et de fraise,
     O chair de fleur !
Riant au vent vif qui te baise
     Comme un voleur,

Au rose églantier qui t'embête
     Aimablement:
Riant surtout, ô folle tête,
     A ton amant !....

.....................................

- Ta poitrine sur ma poitrine,
     Mêlant nos voix
Lents, nous gagnerions la ravine,
     Puis les grands bois !...

Puis, comme une petite morte,
     Le cœur pâmé,
Tu me dirais que je te porte,
     L'œil mi fermé..

Je te porterais, palpitante,
     Dans le sentier:
L'oiseau filerait son andante:
     Au Noisetier...

Je te parlerais dans ta bouche:
     J'irais, pressant
Ton corps, comme une enfant qu'on couche,
     Ivre du sang

Qui coule, bleu, sous ta peau blanche
     Aux tons rosés:
Et te parlants la langue franche....
     Tiens !... - que tu sais...

Nos grands bois sentiraient la sève
     Et le soleil
Sablerait d'or fin leur grand rêve
     Vert et vermeil.

..................................

(...)

.............................

Que de choses verrons-nous, chère,
     Dans ces taudis,
Quand la flamme illumine, claire
     Les carreaux gris !...

- Puis, petite et toute nichée
     Dans les lilas
Noirs et frais : la vitre cachée,
     Qui rit là-bas....

Tu viendras, tu viendras, je t'aime !
     Ce sera beau.
Tu viendras, n'est-ce pas, et même...

Elle. - Et mon bureau ?

Publié dans coup de coeur

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