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Jeudi 16 juin 2011 4 16 /06 /Juin /2011 12:56

 

 

Une amoureuse me fit bouffer mes globes, et le monde creva comme une baudruche

Elle s'évapore au port  des simagrées avec la belle bedaine d'un vendeur de tic névrotique tic loin de mes poumons aux sursauts encéphaliques, 

Mes toux font s'envoler des perruches de cendres, c'est le cerveau qu'on enfume afin de voir moins clair,

Par les  lueurs vivaces, les défauts sont grossiers, pour voir en beau : mieux vaut être myope que scientifique !

 

 

 

les meilleurs meurent souvent de leur propre main

juste pour se libérer

et ceux qui restent

ne comprennent jamais vraiment

pourquoi

on voudrait

se libérer

d'eux

 

Bukowski : la cause et l'effet

 

 

 Les autres, les autres, ceux qui l'ont poignardée ! 

Tu t'en rappelles ? Dis tu t'en rappelles ? Poignardée dans la chambre notre imagination faisait des pas d'éléphant pour susciter notre intérêt nous qui voulions dormir elle inventait des formes et des images encore, que je n'ai jamais revu depuis, ni sur les panneaux incolores ni sur les écrans plats : n'est commerçant que le nécessaire c'est à dire ce dont on ne peut vraiment pas se passer !

 

C'est pareil avec les hommes !  Dans les villes ! Il y'en a tant dont on voudrait pouvoir se passer ! 

Tous ces vendeurs et bien d'autres que j'ai fort heureusement oublié ! Ne resteraient que les autres, les aimables, ce qu'on est pas obligé de supporter,

 

 

C'est un soleil vert et un peu jaune, sur un tissu qui ondule, et des balles d'hélium s'envolent, de l'azur topaze, sur une musique sautillante, au notes émaillées, qui palpitent dans l'air pollinisé … une jolie tulipe sourit, et ses chants vous remplissent d'éclats, si bien qu'elle n'est plus là, le pourpre, d'une salle de cinéma, et la main qui glisse, mais ce n'est plus qu'une branche aux ongles trop longs, une harpie que tu serres ! un buissons, le visage égratigné... elle fut ton sacrifice le plus profond, ta douleur la plus délicate !

 

Premiére bulle de savon crevée

 

Cronos dévoreur d'amours, tes propres enfants...

 

Et nous de donner une dernière fois, nos douleurs, fièvres, amours, élans de disgrâces, face à une marée de limaces !

Yeux de braises, pour cieux éteins !

 

Les femmes ne sont pas si rares, elles portent toutes le visage de l'amour !

Les garces aussi, mais qui n'a garde de les reconnaître, le monde alors mérite t'il d'exister - prendre une poissonnière pour une fée, c'est l'arrogance de l'artiste en mal de sensation -   aimer est une forme incorrecte de l'abrutissement, rien ne rachètera notre existence, pas même cette créature adorée, que tu ignores dans ton orgueil, depuis combien de temps sans la voir, la réalité demeure, c'est ton inceste post-Freudien, idole déchue, nous en sommes toutes...

 

 Freud a volée sa renommée ? C'est terrible de devoir employer son nom, quand on suppose qu'il a volé non seulement son oeuvre, mais surtout une bonne partie de l'intelligence de notre époque, qui ne jure que part des concepts idiots auxquels ils essaient de faire plier la réalité de chacun... quelle grande tristesse !   

 

 Tout idéal, est si déchirant, qu'il faut peut être le masquer, 

Se dire que cela n'était pas, tel qu'on le vit, quoi ?

 

Il y'a avait tant de faisceaux inconnus, de tourbillons violet, bleu, orange, jaune, inconnus mélangés à des notes insoumises, qui défiaient les portées, et la mesure, les doigts semblent agitées et les notes elles même se lever vers les phalanges hallucinées, nous prêtres orgueilleux de la lyre… Mozart est mort en chacunes de nous….

 

Vieilles salopes édulcorées, parfumant la tiédeur de leurs passions par de subtils mélanges,  payerons nous ces sensations de mort par de nouveaux martyrs du romantisme ?

Et pourtant, et pourtant la mort vaut bien d'être vaincue

 

Et les compagnons, pendus à la laideur de ces corps sans formes, et sans fantaisies, se prosternent pour le tic, le toc, leurs machines toc, et leurs raisonnements tic… Tac, et l'heure approche, et quand emportée par des flots anti-poétiques, ils continueront de faire du fric, et dépenseront leurs langages amnésiques, et bien...

...........nous connaîtrons l'heure du Grand Mépris.

 

On aura les plus grands éclats de rire, probablement de quoi effrayer et raidir d'ombre les yeux non initiés....

habitants de vastes mondes de porcelaine, trop fragiles pour la masse, peut on vivre hors du monde, n'importe où, mais…

 

Faut il être bien triste, pour devoir reconnaître, que l'apocalypse et derrière nous, depuis que les bourgeois ont décidé le beau, le pensable, le juste, le raisonnable, nous n'avons su que nous cacher, errer, disparaitre silencieusement…

 

Plus en avant, foudroyer la rancoeur, et voir les galaxies s'effondrer, pourquoi ce silencieux amour ? 

Pourquoi cette déchirure dans les formes ?

 

Nous ne travaillerons jamais !

 

Et encore, ils nous accrochent des grelots, ces superflus, a nos vagues d'errances, nous qui implorions la nuance ! 

Tous ces grimoires nous ressuscitent et terrassent à nouveau les coeurs…. le coeur…. quelle vaste idée, quelle idée démodée…. qui va s'étouffant de ses propres mots, c'est tellement impensable ! 

 

Belle noblesse, Kallos kagathos 

 

Ah saleté de misère, tu es plus longue et plus muette que les pierres, de nos jours il faut quoi ? Tout est à jamais invisible, et celui qui rendra la musique à nouveau audible ?

N'est-il pas déjà mort ? Bref, vous n'en voudrez pas….

 

Qu'importe le temps avance et les lépiotes nous emmerderons avec leurs pubs, leurs merditudes, et il faudra supporter leurs pauvres tronches, qui inspirent à la gerbe ses plus belles envolées, quels yeux ?? 

 

On leur à enfoncé les rétines dans la fange, et nos contemporains, l'avalent comme une substance bien emballée, qui leur remplie la tête, l'estomac, qui les étouffe afin de les nourrir encore, et encore….   jusqu'au néant (que nous formatons de subtiles palettes)

 

Même le pognon dites donc, quand on voit leur vulgarité de riches, nouveaux riches, il n'y a plus que des nouvelles tronches ! 

Même plus terrifiantes ! Non, juste chiantes, emmerdantes, liquéfiantes….

Elle n'ont pas pressenties la voile, ce sont les attardés du siècle, et il faut supporter leur laideur, qui est ce qu'on fait de plus bas, moralement parlant, rien n'est plus effrayant que leur laideur !

 

 Les pauvres…. d'esprit, ne consomment pas cette différence là.

On peut leur rendre toute vue supportable, ils auront toujours le sentiment d'avoir du goût,  et plus ils sont nombreux et plus ils sont cons… Et plus ils sont cons et plus ils sont contents...

 

Cris de dégoût qui ne peut pourtant atteindre l'intensité de l'horreur qu'inspire cette époque.... écrire pour d'autres temps, pour d'autres femmes, d'autres hommes, savoir qu'une haine terroriste existe envers le tableau de notre présent....

Un regret immense, nous n'avons rien fait... pauvres générations futures, spectateurs muets d'un monde dénué de ποίησις.

 

Mais la vie a donné sa vengeance, elle hurle dans les mots qui filent et défilent dans leurs cerveaux, ô sursauts d'épiderme de la voie lactée ! 

ô ventres gris, plafonds enchainés aux aurores boréales, aux forçats des enfers, amoureux du désert, ô la peur de marcher ! 

Et la soif de s'en aller plus loin, l'amour est toujours le pas de trop !

Fumeurs estropiés des malédictions, que vous alliez venant, venu, revenant mais jamais parvenu !

Gerbez l'onde cruelle de vos parfums de mort, sur la gueule inquiète des marchants de mort, dehors,

Allez humer les strates violettes, l'encolure des pâquerettes, filez loin de la terre, avec le sang de vos artères, votre monstrueux coeur, soyez poètes ! Dans l'arrogance, tournez les talons !

 

Ô passion de la mer, envolées de demain, aux ailes de musique, cette fée qui nous déleste, entendez vous encore la musique, dans le tumulte, que les médiocres culbutent dans votre crâne !

Quelle longue sécheresse,  c'est la mort des harmonies, vous avez fait du cri, l'apologie du bruyant, c'est le nom qu'on rendra à vos villes; c'est le son de vos envies, et de la pourriture, aussi… 

Accumulation d'ordures, déchargement de consciences, amas d'étoiles ratées, profusion de débilité...

 

Et tous les enfers, toutes les damnations, vous les rendez réelles, avec la même béatitude, la même désinvolture, presque une nonchalance, car l'ignorance, votre désert, ce qui vous marque au milieu du front !

C'est l'horreur, la laideur,  et tu ne respires plus...  cherche l'air, soit plus commode que moi, gentil pacifiste, explique moi à nouveau, qu'il faut respecter les idées de chacun.

 

Mais goute le néant d'abord, et la chair humaine crue, enivre toi du dégout de tes semblables... nous verrons combien dans ton vocabulaire subsiste de vertu bien pensante, et d'idées généreuses...

 

Ayez l'arrogance ! Poètes, de tourner les talons !!

Par Gregor - Publié dans : Poesies - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Jeudi 16 juin 2011 4 16 /06 /Juin /2011 12:24

À la fin tu es las de ce monde ancien

 

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

 

Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine

Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes

La religion seule est restée toute neuve la religion

Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

 

Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme

L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X

Et toi que les fenêtres observent la honte te retient

D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin

Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut

Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux

Il y a les livraisons à vingt-cinq centimes pleines d'aventures policières

Portraits des grands hommes et mille titres divers

 

J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom

Neuve et propre du soleil elle était le clairon

Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes

Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent

Le matin par trois fois la sirène y gémit

Une cloche rageuse y aboie vers midi

Les inscriptions des enseignes et des murailles

Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent

J'aime la grâce de cette rue industrielle

Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l'avenue des Ternes

 

Voilà la jeune rue et tu n'es encore qu'un petit enfant

Ta mère ne t'habille que de bleu et de blanc

Tu es très pieux et avec le plus ancien de tes camarades René Dalize

Vous n'aimez rien tant que les pompes de l'Église

Il est neuf heures le gaz est baissé tout bleu vous sortez du dortoir en cachette

Vous priez toute la nuit dans la chapelle du collège

Tandis qu'éternelle et adorable profondeur améthyste

Tourne à jamais la flamboyante gloire du Christ

C'est le beau lys que tous nous cultivons

C'est la torche aux cheveux roux que n'éteint pas le vent

C'est le fils pâle et vermeil de la douloureuse mère

C'est l'arbre toujours touffu de toutes les prières

C'est la double potence de l'honneur et de l'éternité

C'est l'étoile à six branches

C'est Dieu qui meurt le vendredi et ressuscite le dimanche

C'est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs

Il détient le record du monde pour la hauteur

 

Pupille Christ de l'œil

Vingtième pupille des siècles il sait y faire

Et changé en oiseau ce siècle comme Jésus monte dans l'air

Les diables dans les abîmes lèvent la tête pour le regarder

lls disent qu'il imite Simon Mage en Judée

Ils crient qu'il sait voler qu'on l'appelle voleur

Les anges voltigent autour du joli voltigeur

Icare Énoch Élie Apollonius de Thyane

Flottent autour du premier aéroplane

Ils s'écartent parfois pour laisser passer ceux que transporte la Sainte-Eucharistie

Ces prêtres qui montent éternellement élevant l'hostie

L'avion se pose enfin sans refermer les ailes

Le ciel s'emplit alors de millions d'hirondelles

À tire-d'aile viennent les corbeaux les faucons les hiboux

D'Afrique arrivent les ibis les flamants les marabouts

L'oiseau Roc célébré par les conteurs et les poètes

Plane tenant dans les serres le crâne d'Adam la première tête

L'aigle fond de l'horizon en poussant un grand cri

Et d'Amérique vient le petit colibri

De Chine sont venus les pihis longs et souples

Qui n'ont qu'une seule aile et qui volent par couples

Puis voici la colombe esprit immaculé

Qu'escortent l'oiseau-lyre et le paon ocellé

Le phénix ce bûcher qui soi-même s'engendre

Un instant voile tout de son ardente cendre

Les sirènes laissant les périlleux détroits

Arrivent en chantant bellement toutes trois

Et tous aigles phénix et pihis de la Chine

Fraternisent avec la volante machine

 

Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule

Des troupeaux d'autobus mugissants près de toi roulent

L'angoisse de l'amour te serre le gosier

Comme si tu ne devais jamais plus être aimé

Si tu vivais dans l'ancien temps tu entrerais dans un monastère

Vous avez honte quand vous vous surprenez à dire une prière

Tu te moques de toi et comme le feu de l'Enfer ton rire pétille

Les étincelles de ton rire dorent le fond de ta vie

C'est un tableau pendu dans un sombre musée

Et quelquefois tu vas le regarder de près

 

Aujourd'hui tu marches dans Paris les femmes sont ensanglantées

C'était et je voudrais ne pas m'en souvenir c'était au déclin de la be

 

Entourée de flammes ferventes Notre-Dame m'a regardé à Chartres

Le sang de votre Sacré-Coeur m'a inondé à Montmartre

Je suis malade d'ouïr les paroles bienheureuses

L'amour dont je souffre est une maladie honteuse

Et l'image qui te possède te fait survivre dans l'insomnie et dans l'angoisse

C'est toujours près de toi cette image qui passe

 

Maintenant tu es au bord de la Méditerranée

Sous les citronniers qui sont en fleur toute l'année

Avec tes amis tu te promènes en barque

L'un est Nissard il y a un Mentonasque et deux Turbiesques

Nous regardons avec effroi les poulpes des profondeurs

Et parmi les algues nagent les poissons images du Sauveur

 

Tu es dans le jardin d'une auberge aux environs de Prague

Tu te sens tout heureux une rose est sur la table

Et tu observes au lieu d'écrire ton conte en prose

La cétoine qui dort dans le creux de la rose

 

Épouvanté tu te vois dessiné dans les agates de Saint-Vit

Tu étais triste à mourir le jour où t'y vis

Tu ressembles au Lazare affolé par le jour

Les aiguilles de l'horloge du quartier juif vont à rebours

Et tu recules aussi dans ta vie lentement

En montant au Hradchin et le soir en écoutant

Dans les tavernes chanter des chansons tchèques

 

Te voici à Marseille au milieu des pastèques

 

Te voici à Coblence à l'hôtel du Géant

 

Te voici à Rome assis sous un néflier du Japon

 

Te voici à Amsterdam avec une jeune fille que tu trouves belle et qui est laide

Elle doit se marier avec un étudiant de Leyde

On y loue des chambres en latin Cubicula locanda

Je m'en souviens j'y ai passé trois jours et autant à Gouda

 

Tu es à Paris chez le juge d'instruction

Comme un criminel on te met en état d'arrestation

 

Tu es fait de douloureux et de joyeux voyages

Avant de t'apercevoir du mensonge et de l'âge

Tu as souffert de l'amour à vingt et à trente ans

J'ai vécu comme un fou et j'ai perdu mon temps

Tu n'oses plus regarder tes mains et à tous moments je voudrais sangloter

Sur toi sur celle que j'aime sur tout ce qui t'a épouvanté

 

Tu regardes les yeux pleins de larmes ces pauvres immigrants

Ils croient en Dieu ils prient les femmes allaitent des enfants

Ils emplissent de leur odeur le hall de la gare Saint-Lazare

Ils ont foi dans leur étoile comme les rois-mages

Ils espèrent gagner de l'argent dans l'Argentine

Et revenir dans leur pays après avoir fait fortune

Une famille transporte un édredon rouge comme vous transportez votre coeur

Cet édredon et nos rêves sont aussi irréels

Quelques-uns de ces immigrants restent ici et se logent

Rue des Rosiers ou rue des Écouffes dans des bouges

Je les ai vus souvent le soir ils prennent l'air dans la rue

Et se déplacent rarement comme les pièces aux échecs

Il y a surtout des Juifs leurs femmes portent perruque

Elles restent assises exsangues au fond des boutiques

 

Tu es debout devant le zinc d'un bar crapuleux

Tu prends un café à deux sous parmi les malheureux

 

Tu es la nuit dans un grand restaurant

 

Ces femmes ne sont pas méchantes elles ont des soucis cependant

Toutes même la plus laide a fait souffrir son amant

Elle est la fille d'un sergent de ville de Jersey

 

Ses mains que je n'avais pas vues sont dures et gercées

 

J'ai une pitié immense pour les coutures de son ventre

 

J'humilie maintenant à une pauvre fille au rire horrible me bouche

 

Tu es seul le matin va venir

Les laitiers font tinter leurs bidons dans les rues

La nuit s'éloigne ainsi qu'une belle Métive

C'est Ferdine la fausse ou Léa l'attentive

 

Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie

Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie

 

Tu marches vers Auteuil tu veux aller chez toi à pied

Dormir parmi tes fétiches d'Océanie et de Guinée

lls sont des Christs d'une autre forme et d'une autre croyance

Ce sont les Christs inférieurs des obscures espérances

 

Adieu Adieu

 

Soleil cou coupé

Par Gregor
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Jeudi 16 juin 2011 4 16 /06 /Juin /2011 12:18

 

 

Quand les amoureux sont ensemble il n'est plus de joie pour nous autres

Quand les amoureux sont ensemble on recompte tristement

Sur nos doigts les années tremblent comme feuilles mortes

Et le souffle nous manque quand rôde celui du temps

 

Quand les amoureux sont partis rejoindre leurs abris

Les poètes s'installent sous un arbre et puis joignent

Leurs deux mains aux frissons de branches épanouies

Le coeur tout alangui comme un soleil s'éloigne

 

Quand les amoureux sont dans des éclats de rires

Tableaux peignant le ciel avec ivresse

Comme il est vain d'agir comme il est vain de dire

 

Que nous agenouillons au pied d'une détresse

L'orgueil élémentaire et la joie d'un soupir

Quand les amoureux ne font plus un seul geste

 

Les amoureux :

cou tranché qui n'a pas d'yeux

Par Gregor - Publié dans : Poesies - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Jeudi 16 juin 2011 4 16 /06 /Juin /2011 12:12

 

Comme ses cheveux dénoués en rubans de couleur

je savais qu'il ne fallait rien dire et puis

Un nuage gris passé au cieux bariolés par erreur

Repliant mes mains de voleur dans la nuit

 

De toutes les citations empruntées dans des livres

Tournant seul les grimoires irréels

Hiéroglyphes de fièvre qui rendent ivre

Décline en mon coeur ces fleurs providentielles

 

Déchire s'il le faut mes habits déjà mort

Effeuille en moi ces masques à mille faces

Et chauffe toi au rayon obscur change en or

Prend ces Pégases runes en d'infinis espaces

 

Voir les papillons noir le pacte signé pour l'enfer

Tout est perdition mais rien ne se perd que ton coeur

Voir en riant les lumières de demain et d'hier

Et sentir  briller en soi une pointe de douleur...

Par Gregor - Publié dans : Poesies - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Mardi 14 juin 2011 2 14 /06 /Juin /2011 15:02

Bien des hommes se trainent auprès de leur limace

Estampillés d'orgueil fleurissants leur haleine

C'est leur esprit aussi qui s'englue sur la trace

De cet espoir hautain que les poètes sèment

 

L'argent ne leur est pas voluptueux

L'amour les rend empressés et furieux

La joie dessine sur eux cet air emprunté

Des ruminants pour qui tout s'égale en beauté

 

Tu le saurais aussi jusque dans tes songes

Où les helminthes dévoreurs d'adorées

Pour secouer ton coeur en font tomber l'éponge

Et absorbent l'erreur pour mieux l'abandonner

 

Les victorieux écrivent cette si belle histoire

Qu'on lira aux enfants comme un beau pet foireux 

Bien lourdeau et bien flasque salissante mémoire

Et ils tombent et ils tombent les pauvres et sombres yeux

 

Tu le saurais aussi mais tu n'es que menteur

Jamais tu ne devines au delà des vains fils

De vos vies de pantins décryptées par l'erreur

Vilains jouets débiles d'un chaos bien habile

 

Tu vis tu meurs et les pépites de ta vie

Sont le reflet fatal des poésies arides

Les lueurs souriantes de ton caveau pourri

Des bonnes et simples idées lentement se dévide

 

Ah la furie des imbéciles et leur méchanceté

Les justes ne portent pas seulement le triomphe

Mais la mort des génies qui les ont devancés

C'est avec leurs charognes que leur estomac gonfle

 

Oh ne crève jamais leur soleil de nausées

Bien plutôt les conforte à moins que méchant homme

Tu veuilles en bon poète le mal et la giclée

Afin de te réjouir toi aussi parmi les hommes

 

 Grégor

Par Gregor - Publié dans : Poesies - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Samedi 24 juillet 2010 6 24 /07 /Juil /2010 01:32

L'art de lire.

Toute tendance forte est exclusive; elle se rapproche de la direction de la ligne droite et, comme elle, est exclusive, c'est-à-dire : elle ne devient pas tangente à beaucoup d'autres tendances, comme font les partis et les natures faibles dans leur va-et-vient ondulatoire : il faut donc aussi s'attendre à trouver les philologues exclusifs. La restitution et la conversation des textes, en même temps que leur interprétation, pratiquée avec suite par une corporation, des siècles durant, a permis enfin de trouver les bonnes méthodes; tout le Moyen Age était profondément incapable d'une explication philologique, c'est-à-dire désir de comprendre simplement ce que dit l'auteur- c'était quelque chose, de trouver ces méthodes, qu'on n'en rabaisse pas le prix ! Toute la science n'a gagné de la continuité et de la stabilité que parce que l'art de bien lire, c'est-à-dire la philologie, est parvenue à son apogée.

 

Appréciation trop basse de l'éducation du Lycée.

On cherche rarement l'importance du lycée dans les choses qui y sont réellement apprises et que l'on emporte sans pouvoir les prendre, mais plutôt dans celles que l'on y enseigne et que l'écolier ne s'approprie qu'à contrecoeur, pour s'en débarrasser, dès qu'il le peut, d'une secousse. La lecture des classiques - comme l'accordera tout esprit cultivé-  est, telle qu'elle est pratiquée partout, un procédé monstrueux : elle se fait devant des jeunes des gens qui, à aucun égard, ne sont mûrs pour elle, par des maîtres dont chaque parole, dont souvent l'aspect seul met une couche de poussière sur un bon auteur. Mais voici où réside l'utilité que d'ordinaire on méconnait - c'est que ces maîtres parlent la mangue abstraite de la haute culture, lourde et difficile à comprendre, mais qui est une gymnastique supérieure du cerveau; c'est que dans leur langage apparaissent continuellement des idées -, des expressions, des méthodes, des allusions que les jeunes gens n'entendent presque jamais dans la conversation de leurs parents et dans la rue. Quand les écoliers ne feraient qu'entendre, leur intelligence subit bon gré mal gré une formation préalable à une manière scientifique de concevoir. Il n'est pas possible que de cette discipline on sorte ayant complètement échappé au contact de l'abstraction, en pur enfant de la nature.

 

 

Défaut principal des hommes d'action.

Les hommes d'action manquent ordinairement de l'activité supérieure : je veux dire individuelle. Ils agissent à titre de fonctionnaire, de marchands, d'érudits, autrement dit de représentants d'une espèce, mais non à titre d'hommes déterminés, isolés et uniques : à cet égard ils sont paresseux. C'est le malheur des gens d'action que leur activité est toujours un peu irraisonnée. On ne peut, par exemple, demander au banquier qui amasse de l'argent le but de son encaissante activité; elle est irraisonnée. Les gens d'action roulent comme roule la pierre, suivant la loi brute de la mécanique. - Tous les hommes se divisent, et et en tous temps et de nos jours, en esclaves et libres; car celui qui n'a pas les deux tiers de sa journée pour lui même est esclave, qu'il soit d'ailleurs ce qu'il veut : politique, marchand, fonctionnaire, savant.

 

L'inquiétude moderne.

A mesure qu'on va vers l'ouest, l'agitation moderne devient de plus en plus grande, si bien qu'aux yeux des Américains les habitant de l'Europe représentent un ensemble d'être amis du repos et du plaisir, tandis qu'en réalité ils vont croissant leur vol continuel comme des abeilles et des guêpes. Cette agitation est si grande que la culture supérieure n'a plus le temps de mûrir ses fruits : c'est comme si les saisons se succédaient trop rapidement. Par manque de repos notre civilisation court à de nouvelle barbarie. En aucun temps les gens actifs, c'est-à-dire les gens sans repos, n'ont étés plus estimés. Il y a donc lieu de mettre au nombre des corrections nécessaires que l'on doit apporter au caractère de l'humanité, la tâche de fortifier dans une large mesure l'élément contemplatif. Mais dès à présent tout individu calme et constant de coeur et de tête a le droit de croire qu'il possède non seulement un bon tempérament, mais une vertu d'utilité générale et qu'en conservant cette vertu il remplit même un devoir fort élevé.

 

Nietzsche, Humain, trop humain.

Par Gregor - Publié dans : coup de coeur - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Mardi 20 juillet 2010 2 20 /07 /Juil /2010 19:31

L'esprit libre, notion relative.

On appelle esprit libre celui qui pense autrement qu'on ne l'attend de lui à cause de son origine, de son milieu, de sa situation et de son emploi ou à cause des vues régnantes du temps. Il est l'exception, les esprits serfs sont la règle, ; ceux-ci lui reprochent que ses libres principes ou bien ont leur source dans le désir de surprendre, ou bien aboutissent à des actions libres, c'est-à-dire des actions qui ne se concilient pas avec la morale dépendante. De temps à autre, l'on dit aussi que tels ou tels libres principes doivent être dérivés d'un travers ou d'une excitation de l'esprit, mais qui parle ainsi n'est que malice, qui elle-même ne croit pas à ce qu'elle dit, mais veut s'en servir pour nuire : car le libre esprit à d'ordinaire le témoignage de la bonté et de la pénétration supérieure de son intelligence écrit sur son visage si lisiblement que les esprits dépendant le comprennent assez bien. (…)

Dans la connaissance de la vérité, ce qui importe, c'est qu'on la possède, non pas de savoir par quel motif on l'a cherchée, par quelle voie on l'a trouvée.Si les esprits libres ont raison, les esprits serfs ont tort, peu importe que les premiers soient arrivés au vrai par immoralité, que les autres, par moralité, se soient jusqu'ici tenus au faux. - Au reste, il n'est pas de l'essence de l'esprit libre d'avoir des vues plus justes, mais seulement de s'être affranchi du traditionnel, que ce soit avec bonheur ou avec insuccès. Pour l'ordinaire toutefois il aura la vérité de son côté, ou du moins l'esprit de la recherche de la vérité : il cherche, lui, des raisons, les autres une croyance.

 

Les caractère fort et bon.

La servitude des convictions, devenue par l'habitude instinct, conduit à ce que l'on nomme force de caractère. Quand quelqu'un agit par un petit nombre de motifs, mais toujours les mêmes, ses action acquièrent une grande énergie; si ces actions sont d'accord avec les principes des esprits serfs, elles sont approuvées et provoquent chez celui qui les fait le sentiment de la bonne conscience. Un petit nombre de motifs, une action énergique et une bonne conscience constituent ce que l'on nomme la force de caractère. A l'homme de caractère fort manque la connaissance des multiples possibilités et directions de l'action; son intelligence est dépendante, serve, puisqu'elle ne lui montre en un cas donné que deux possibilités tout au plus; entre elles il doit alors faire un choix conforme à toute sa nature, et il le fait facilement et vite, n'ayant pas à choisir entre cinquante possibilités. L'entourage éducateur veut rendre tout homme dépendant, en lui mettant toujours devant les yeux le plus petit nombre de possibilités. L'individu est traité par ses éducateurs comme  s'il était, à la vérité, quelque chose de nouveau, mais devait devenir une réplique. Si l'homme apparaît d'abord comme quelque chose d'inconnu qui n'a jamais existé, il doit être réduit à quelque chose de connu, de déjà existant. Ce qu'on appelle bon caractère chez un enfant, c'est la preuve qu'il est serf du fait existant; en se mettant du côté des esprits serfs, l'enfant annonce d'abord son sens commun, il se rendra plus tard utile à son état ou à sa classe.

 

Esprit fort.

Comparé avec celui qui a la tradition de son côté et n'a pas besoin de raisons pour fonder sa conduite, l'esprit libre est toujours faible, notamment dans l'action : car il connait trop de motifs et de points de vue et par là sa main est peu sûre, mal exercée. Or quel moyen y-a-t-il de le rendre pourtant relativement fort, au point de pouvoir au moins se soutenir et de ne pas se perdre sans effet ? Comment naît l'esprit fort? C'est dans un cas particulier le problème de la production de génie. D'où vient l'énergie, la force inflexible, la persistance avec laquelle l'individu, contre la tradition tâche d'acquérir un connaissance toute individuelle du monde ?

 

La production du génie.

L'ingéniosité du prisonnier à chercher des moyens de s'évader, l'utilisation la plus froide et la plus patiente du plus petit avantage, peut enseigner quel procédé emplie quelquefois la nature pour produire le génie, - mot que je prie d'entendre sans arrière-goût de mythologie ou de religion : elle l'enferme dans un cachot et excite son désir de se délivrer au point le plus extrême. - Ou, pour prendre une autre image : un homme qui s'est tout à fait égaré dans sa route en forêt, mais s'efforce avec une énergie non commune d'arriver dans une direction quelconque au plein air, découvre parfois un chemin nouveau, que personne ne connaissait : ainsi se produisent les génies dont on célèbre l'originalité. - On a déjà mentionné qu'une mutilation, une déviation, un défaut sensible d'un organe donne fréquemment l'occasion à un autre organe de développer des qualités exceptionnelles parce qu'il doit pourvoir à une autre fonction en plus que la sienne propre.  C'est par là qu'il faut s'expliquer l'origine de plus d'un talent brillant.

- De ces indications générales sur la production du génie, qu'on fasse l'application au cas spécial du parfait esprit libre.

 

Nietzsche, humain, trop humain.

Par Gregor - Publié dans : coup de coeur - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Dimanche 18 juillet 2010 7 18 /07 /Juil /2010 15:41

 

 

 

Par Gregor
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Jeudi 15 juillet 2010 4 15 /07 /Juil /2010 20:28

Pensant du bien de nous, mais n'attendant pourtant pas du tout de nous de pouvoir former seulement l'ébauche d'un tableau de Raphaël ou une scène pareille à celle d'un drame de Shakespeare, nous nous persuadons que le talent de ces choses est un miracle tout à fait démesuré, un hasard fort rare, ou, si nous avons encore des sentiments religieux, une grâce d'en haut. C'est ainsi que notre vanité, notre amour propre, favorise le culte du génie : car ce n'est qu'à condition d'être supposé très éloigné de nous, comme un miraculum, qu'il ne nous blesse pas (Goethe même, l'homme sans envie, nommait Shakespeare son étoile des hauteurs lointaines; sur quoi l'on peut se rappeler ce vers : "les étoiles on ne les désire pas ! "). Mais abstraction faite de ces suggestions de notre vanité, l'activité du génie ne paraît pas le moins du monde quelque chose de foncièrement différent de l'activité de l'inventeur en mécanique, du savant astronome ou historien, du maître en tactique. Toutes ces activités s'expliquent si l'on se représente des hommes dont la pensée est active dans une direction unique, qui utilisent tout comme matière première, qui ne cessent d'observer diligemment leur vie intérieure et celle d'autrui, qui ne se lassent pas de combiner leurs moyens. Le génie ne fait rien que d'apprendre d'abord à poser des pierres, ensuite à bâtir, que de chercher toujours des matériaux et de travailler toujours à y mettre la forme. Toute activité de l'homme est compliquée à miracle, non pas seulement celle du génie : mais aucune n'est un "miracle ", - D'où vient donc cette croyance qu'il n'y a de génie que chez les artistes, l'orateur et le philosophe ? (voir de nos jours le footballeur !). Qu'eux seuls ont une "intuition " ? (mot par lequel on leur attribue une sorte de lorgnette merveilleuse avec laquelle ils voient directement dans l' " être" !). Les hommes ne parlent intentionnellement de génie que là où les effets de la grande intelligence leur sont le plus agréable et où ils ne veulent pas d'autre part éprouver d'envie. Nommer quelqu'un " divin ", c'est dire : " ici nous n'avons pas à rivaliser. " En outre : tout ce qui est fini, parfait, excite l'étonnement, tout ce qui est en train de se faire est déprécié. Or, personne ne peut voir dans l'oeuvre de l'artiste comment elle s'est faite; c'est son avantage, car partout où l'on peut assister à la formation, on est un peu refroidi. L'art achevé de l'expression écarte toute idée de devenir; il s'impose tyranniquement comme une perfection actuelle. Voilà pourquoi ce sont surtout les artistes de l'expression qui passent pour géniaux, et non les hommes de science. En réalité cette appréciation et cette dépréciation ne sont qu'un enfantillage de la raison.

 

Nietzsche, humain, trop humain.

Par Gregor - Publié dans : textes de base - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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Mardi 13 juillet 2010 2 13 /07 /Juil /2010 19:35

 

 

 

 

Préface Ecce homo, Nietzsche 


1.

En prévision du devoir qui va m'obliger bientôt à soumettre l'humanité à la plus dure exigence qu'on lui ait jamais imposée il me semble indispensable de dire ici qui je suis. On aurait bien de quoi le savoir, car j'ai toujours présenté mes titres d'identité. Mais la grandeur de ma tâche et la petitesse de mes contemporains ont crée une disproportion qui les a empêchés de m'entendre et même de m'entrevoir. Je vais vivant sur le crédit que je m'accorde, et peut être mon existence n'est elle elle même qu'un préjugé ? ... Je n'ai qu'à parler au premier "lettré" venu qui passe par la Haute Engadine pour me convaincre que je n'existe pas... Dans ces conditions j'ai un devoir, contre lequel se révoltent au fond mes habitudes et, plus encore, la fierté de mes instincts, celui de dire écoutez moi, car je suis un tel. Et n'allez surtout pas me confondre.

2.

Je ne suis nullement, par exemple, un croquemitaine, un monstre moral, je suis même, de par nature, à l'antipode du genre d'hommes qu'on a vénérés jusqu'ici comme vertueux. Il me semble, entre nous, que c'est justement ce qui me fait honneur. Je suis un disciple du philosophe Dionysos ; j'aimerai mieux, à la rigueur, être un satyre qu'être un saint. Mais on n'a qu'à lire cet écrit. Peut être ai je réussi à y exprimer cette opposition de façon sereine et philanthropique, peut être n'a t-il pas d'autre but. "Améliorer" l'humanité serait la dernière des choses que j'irai jamais promettre. Je n'érige pas de nouvelles "idoles" ; que les anciennent apprennent d'abord ce qu'il en coûte d'avoir des pieds d'argile. Les renverser (et j'appelle idole tout idéal), voilà bien plutôt mon affaire. On a dépouillé la réalité de sa valeur, de sons sens et de sa véracité en forgeant un monde idéal à coups de mensonge... Le "monde de la vérité" et "le monde de l'apparence"... Je les appelle en bon allemand le monde du mensonge  et la réalité... L'idéal n'a cessé de mentir en jetant l'anathème sur la réalité, et l'humanité elle même, pénétrée de ce mensonge jusqu'aux moelles s'en est retrouvée faussée et falsifiée dans ses plus profonds instincts, elle en est allée jusqu'à adorer les valeurs opposées aux seules qui lui eussent garanti la prospérité, l'avenir, le droit suprême au lendemain.

3.

Qui sait respirer l'air de mes écrits sait que c'est l'air des altitudes, un souffle rude. Il faut être bien fait pour lui si on ne veut pas prendre froid. La glace est proche, la solitude formidable mais que tout est calme dans la lumière ! Comme on respire librement ! Que l'on sent de choses au dessous de soi ! Philosopher, comme je l'ai toujours entendu et pratiqué jusqu'ici, c'est vivre volontairement sur la glace des cimes, à la recherche de tout ce qui est surprise et problème dans la vie, de tout ce qui, jusqu'à présent, avait été tenu au ban par la morale. 

L'expérience que m'ont donnée mes longues pérégrinations dans ces domaines interdits m'a appris à considérer autrement qu'on ne le souhaiterait les raisons qui ont poussé jusqu'à nos jours  moraliser et idéaliser : j'ai vu s'éclairer l'histoire secrète des philosophes et la psychologie de leurs grands noms. Combien un esprit supporte t-il de vérité, combien en ose t-il ? Voilà le criterium qui m'a servi de plus en plus pour mesurer exactement les valeurs. L'erreur (la foi dans l'idéal), l'erreur n'est pas un aveuglement, l'erreur est une lâcheté. Toute conquête, tout progrès de la connaissance est un fruit de courage, de la sévérité pour soi même, de la propreté envers soi... Je ne réfute pas les idéals, je me contente de mettre des gants quand je les approche... Nous luttons pour l'interdit, "Nitimur in vetitum" : c'est sous ce signe que ma philosphie vaincra un jour car jusqu'à présent on n'a jamais interdit systématiquement, que la vérité.

 

4.


Parmi mes écrits, mon Zarathoustra occupe  une place à part. J'ai fait en lui à l'humanité le plus grand présent qu'elle n'ai jamais reçu. Ce livre, dont la voix porte au delà des millénaires, n'est pas seulement le plus haut qu'il soit, le vrai livre des altitudes, celui qui laisse la chose humaine à une abîme au dessous de lui, mais c'est aussi le plus profond, celui qui naît au plus intime des trésors de la vérité ; il est le puits intarissable où nul sceau ne saurait descendre qu'il ne remonte comblé d'or et de bonté. Ce n'est pas un "prophète" qui parle dans ces lignes, un de ces sinistres hybrides pétris de lèpres et de volonté de puissance qu'on appelle les fondateurs de religion. Non, il importe de bien saisir la note exacte de cette voix, il faut comprendre que c'est un chant d'alycon pour ne pas se méprendre pitoyablement sur le sens de sa sagesse. " Ce sont les mots les plus discrets qui apportent l'ouragan, des pensées mènent l'univers qui viennent à pas de colombe…."


"Les figues tombent des arbres, elles sont bonnes et douces : et en tombant elles écorchent leur peau rouge. Je suis le vent du Nord pour les figues mûres. Et que les leçons, mes amis, tombent donc aussi pour vous comme des figues mûres : maintenant buvez leur suc, consommez leur douce chair. C'est l'automne, autour de nous, et le ciel pur de l'âpres midi…"


Ce n'est pas un fanatique qui vous parle ; on ne "prêche" pas ici, on ne vous demande pas de "croire"; de la plénitude de la lumière et des abîmes du bonheur les mots s'écoulent goutte à goutte, et c'est une tendre lenteur qui donne son rythme à ces discours.  Ils ne parviendront à ce faire entendre que de la fleur des élus ; c'est un privilège sans égal que de pouvoir écouter de Zarathoustra en séducteur ? …. Ecoutez alors ce qu'il dit lui même lorsque, pour la première fois, il revint dans sa solitude. C'est exactement le contraire de ce qu'eût dit en pareil cas un "sage", un "saint", un "sauveur du monde" ou tout autre décadent… Et ce n'est pas sa parole seule qui diffère, c'est lui même…


"Je m'en vais seul maintenant, mes disciples ! Et vous aussi vous partirez seuls, car je le veux. Eloignez vous de moi et défendez vous de Zarathoustra ! Et mieux encore : ayez honte de lui. Peut être vous a t-il trompés.


"L'homme qui cherche la connaissance ne doit pas seulement savoir aimer ses ennemis, il doit aussi haïr ses amis."


"On récompense mal un maître en restant toujours son élève. Pourquoi ne voudriez pas lever la main sur ma couronne ?"


"Vous me vénérez : mais qu'adviendra t'il si votre respect croule un jour ? Gardez qu'une statue ne vous écrase."

Vous dites que vous croyez en Zarathoustra mais qu'importe Zarathoustra ! Vous êtes mes sectateurs, mais qu'importe tout sectateur !"


"Vous ne vous étiez pas encore cherchés : et c'est alors que vous m'avez trouvé. Ainsi font tous les croyants ; et c'est pourquoi toute foi vaut si peu."


"Et maintenant je vous ordonne de me perdre et de vous retrouver ; et c'est quand vous m'aurez tous reniez que je viendrai parmi VOUS"

Par Gregor - Communauté : CROQUEURS DE MOTS
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